Du vent dans mes mollets - Cherchez Hortense


Isabelle Carré

Isabelle Carré a profité de ses vacances luziennes pour présenter au Select, les 19 et 20 août 2013, deux films à l’affiche desquels elle figure. Interview double pour double sortie et réflexions sur le métier d’acteur.

Le film de Carine Tardieu, Du vent dans mes mollets, est à la fois jubilatoire et plein d’émotion…
Du vent dans mes mollets parle de l’enfance, de la mère, des premiers chocs émotionnels, des premières questions fondamentales que l’on se pose sur la vie et sur le sens de l’existence. Ce que je trouve gonflé et intéressant, c’est ce côté patchwork d’images mentales, oniriques, et de récit : on suit en parallèle l’histoire de plusieurs personnages, la maîtresse d’école, le mien, ce couple qui bat de l’aile…
Le personnage que vous incarnez et celui interprété par Agnès Jaoui sont aux antipodes…
J’aime beaucoup l’estime que ces deux femmes ont l’une pour l’autre parce qu’elles sont vraiment rivales et pourtant on est très loin des clichés : elles se disent des choses tendres, mon personnage lui redonne de l’espoir et de l’estime par rapport à elle-même et à son couple. C’est là aussi l’originalité du scénario : alors qu’on a la configuration du trio et qu’on s’attend à un « banal » adultère, le film raconte bien autre chose…
Vous-même êtes mère, et bientôt pour la troisième fois. Vous êtes plutôt mère juive comme Colette, le personnage d’Agnès Jaoui, ou bohême comme Catherine, le personnage que vous interprétez ?
Je suis une mère plutôt très présente comme Colette, et assez bordélique comme Catherine (rires).
Denis Podalydès et Judith Magre viennent du théâtre. Y a-t-il un rapport particulier entre acteurs de théâtre ?
Oui. Quand on est sur un plateau et qu’on retrouve des acteurs de théâtre, il y a comme une familiarité, quelque chose de très simple et de très direct. On se connaît. Même si on ne se connaît pas, on se connaît. Cela existe à chaque fois.
Qu’est-ce qui vous a attirée dans le scénario de Cherchez Hortense, le film de Pascal Bonitzer ?
Le ton original. Le film traite d’un engagement politique (doit-on aider ou pas un sans-papiers ?), mais d’une façon si détournée qu’il nous fait arriver là où on ne s’attend pas. Il n’y a aucun didactisme, aucun drapeau. J’aime beaucoup qu’on pose des questions sur la sollicitude que l’on peut avoir les uns pour les autres, qu’on nous interroge sur la façon dont on aurait réagi dans pareille situation. Et c’est intéressant de mener cette réflexion à partir de gens dont on ne devine pas la souffrance. Zorica, mon personnage, est Serbe, mais ça n’est pas marqué sur sa figure. Le film est très subtil à ce niveau-là. Il y a aussi l’aspect comédie qui me touche beaucoup. La vie est un mélange de rires et de larmes, et c’est bien quand un film offre ces deux aspects.
Ce film présente l’humain dans sa dualité et pose la question de l’engagement par le biais de la notion d’altérité. Vous sentez-vous une âme de militante ?
Non, pas du tout. Ma seule volonté dans mon travail, c’est que les spectateurs sortent d’une projection modifiés. Par une émotion, un questionnement, une réflexion. Je souhaite qu’on sorte d’une salle pas tout à fait pareil que quand on y est entré. Bien sûr, j’aime aussi les rôles plus « militants » comme Le Refuge, où sur le papier mon personnage est un « gros dossier », mais peu à peu on comprend son parcours et on finit par l’aimer. En revanche, on m’a proposé un rôle de mère infanticide et je n’ai pas pu… J’aime l’idée que les spectateurs sortent d’une projection modifiés.
Au théâtre, vous ne pourriez pas non plus ? Médée n’est-il pas LE rôle dont rêvent beaucoup de comédiennes ?
J’aurais beaucoup de mal parce que j’ai besoin de me raccrocher à quelque chose qui m’émeut, à un personnage pour lequel je peux avoir de la compréhension, voire une certaine tendresse. Donc un personnage antisémite, homophobe, raciste pur et dur, pédophile… ce serait très douloureux à interpréter.
Vous préparez beaucoup vos rôles ?
J’ai préparé un peu plus le rôle de Zorica parce qu’il y avait cette histoire de Serbe et que ça m’inquiétait de ne pas avoir d’accent. J’avais peur que ce ne soit pas crédible. En même temps, j’étais soulagée parce que je n’ai pas le talent de Meryl Streep ou d’acteurs qui sont capables de se fondre dans des personnalités, dans d’autres nationalités. Moi je suis vraiment franco-franchouillarde. J’aurais dit non sur l’accent. Ce travail d’imitation que font Marion Cotillard dans La Môme ou Denis Podalydès dans La Conquête, j’en suis absolument incapable. J’ai besoin que ça parte un peu de moi.
Une fois que vous avez accepté un rôle, vous vous forgez votre propre idée du personnage ou vous vous conformez à la lecture du réalisateur ?
En fait, ça dépend du réalisateur. Certains ont besoin de plusieurs rencontres pour échanger et donner les grandes lignes. D’autres vous laissent puiser dans vos propres émotions, dans ce que vous êtes, sans y mettre trop de réflexion. J’aime travailler avec des gens très différents et ne pas avoir de méthode établie. Parfois, il faut beaucoup creuser comme dans Anna M. pour lequel on a fait un travail fou avec Michel Spinoza, ou Zabou Breitman pour Se souvenir des belles choses, où mon personnage est atteint de la maladie d’Alzheimer et pour lequel j’ai beaucoup travaillé parce que j’avais besoin de repères et d’images. Mais quand ce sont des choses plus simples, de la vie de tous les jours, il ne faut pas chercher midi à quatorze heures.
Isabelle Huppert était présente à l’avant-première de Cherchez Hortense. Elle est venue en voisine, ou vous êtes amies ?
Je la connaissais très peu. C’est par François Ozon qu’on s’est croisées à Saint-Jean-de-Luz, sur le tournage du Refuge. Depuis, on se voit souvent ici. C’est quelqu’un que j’estime infiniment. C’est un modèle.
Vous êtes tombée amoureuse du Pays basque…
Il y a six ans maintenant. J’adore cette région parce qu’elle a une identité. Ici, on n’est pas comme partout ailleurs ; ça ne ressemble pas à une autre région, c’est le Pays basque. Quand on parle aux gens, quand on mange, quand on se balade, quand on voit l’architecture, on sent partout l’histoire.
Votre lieu préféré à Saint-Jean-de-Luz ?
La colline de Sainte-Barbe d’où j’aime regarder la mer.
Votre plat préféré ?
Le gâteau basque au chocolat, je sais ce n’est pas très basque (rires), et les piquillos farcis.