Esperluette | Sophie Loria

Éditions Waouche. L’écologie expliquée aux enfants

Elise Devin a créé les éditions Waouche pour sensibiliser les enfants à la protection de l’environnement. Rencontre avec une jeune femme passionnée, dont la gaieté et la foi en l’humain colorent chacune de ses histoires, pour le plus grand plaisir des jeunes lecteurs.

Comment sont nées les éditions Waouche ?

Je n’avais pas dans l’idée de créer une maison d’édition. Au départ, je souhaitais simplement inventer une histoire pour mon fils (qui avait alors cinq ans) pour le sensibiliser à la pollution causée par les déchets. Je lui ai ainsi raconté l’histoire du petit papier jeté par terre, qui s’envole avec le vent, atterrit sur une plage où il est mangé par une mouette affamée. Voyant cela, des passants l’emmènent chez un vétérinaire, qui extraie le papier et sauve l’oiseau. Le papier part au recyclage, et devient la dernière page du livre (un grand merci à ma sœur qui a trouvé cette idée). Dès le lendemain, mon fils ramassait les papiers ; il avait donc intégré l’histoire. J’étais ravie. Cela m’a fait réfléchir. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire, parce qu’à l’époque, il n’y avait pas grand-chose sur l’écologie pour les enfants. C’est ainsi que j’ai créé les éditions Waouche il y a six ans.

D’où vient le nom de la maison ?

 

 

Je suis dingue de jeux vidéo depuis toute petite, et Waouche, c’est mon nom de gameuse. Il cumule Waouh et Ouch (aïe en anglais). Cela correspond tout à fait à ma façon de jouer, je peux enchaîner coups fabuleux et mouvements vraiment nuls.

Quelle est votre ligne éditoriale ?

 

 

Mes livres s’adressent à la tranche 3-7 ans et traitent de questions environnementales (les déchets, la pollution marine, les pesticides, les bienfaits des arbres). Je crée les histoires et réalise les illustrations. L’histoire est imaginaire, mais avec des racines concrètes car je souhaite que les enfants soient conscients de la réalité. J’effectue des recherches pour veiller à ce que les informations délivrées soient justes. Dans La Rencontre inattendue, par exemple, les deux personnages sont un requin bleu et une tortue verte. Je me suis assurée que ces deux espèces pouvaient effectivement se croiser dans le même biotope. Même si mes contes sont axés sur l’écologie et le respect de l’environnement, je ne veux pas qu’ils soient moralisateurs. Ils sont porteurs d’espoir et mettent en avant l’entraide. L’homme, qui commet des erreurs, les répare. Je veux également que le vocabulaire soit riche, pour que cela soit agréable aux parents qui lisent l’histoire, mais également pour que l’enfant apprenne du vocabulaire.

Votre maison, qui promeut le respect de l’environnement, s’inscrit-elle dans une démarche écologique ?

Absolument. J’utilise un papier écologique, fabriqué en France, et j’imprime en France. Je tire chaque titre à 500 exemplaires pour obtenir un prix raisonnable (9,50 euros), ce qui est une production raisonnée. L’écologie est pour moi une question de bon sens. Sans la nature, on n’est rien et on n’a rien, il faut donc la respecter pour ce qu’elle nous donne. L’exploiter est une nécessité, bien sûr, mais cela doit être fait de façon mesurée, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. La destruction d’écosystèmes par simple appât du gain est terrifiante.    

À propos de papier écologique, parlez-nous du papier waterproof.

C’est un papier révolutionnaire. Il est fait avec de la poudre de calcaire et du plastique alimentaire recyclé. Si le livre tombe dans le bain, il faut simplement le laisser sécher et il retrouve son intégrité. Je l’ai utilisé pour La Rencontre inattendue, qui parle des déchets déversés dans les océans qui menacent la faune marine – j’avais créé spécialement cette histoire pour qu’elle soit racontée dans le bain et que ce soit un moment d’amusement. Malheureusement, c’est un papier extrêmement cher, que je ne peux pas me permettre d’utiliser pour chacune de mes publications.

Vous venez de publier votre cinquième titre, Mon vieil ami.

Il parle du bienfait des arbres, pour la faune et la flore mais aussi pour les hommes qui vivent près d’eux. Toujours dans un souci de cohérence, j’ai travaillé avec Héloïse, une technicienne forestière territoriale, qui m’a beaucoup renseignée sur les insectes et les animaux qui fréquentent l’arbre. À la fin de l’ouvrage, j’ai ajouté un petit questionnaire qui permet d’apprendre des choses sur les arbres.

Vous imposez-vous un rythme de publication ou vous laissez-vous porter par votre inspiration ?

 

 

Je vais au rythme des idées, des envies et des moyens. Ma maison d’édition n’est pas une entreprise, c’est mon plaisir, et j’agis à l’instinct. Je ne vais pas publier pour publier, cela ne m’intéresse pas. Je veux sortir quelque chose qui ait du sens. J’ai pu publier deux titres dans la même année, le dernier m’a pris trois ans. Je prends le temps qui m’est nécessaire. Je suis dans la démarche inverse à celle qui veut qu’on produise tout le temps pour être dans la lumière tout le temps.

Il faut souligner que vous publiez chacun de vos ouvrages en français et en basque.

 

Quand j’ai commencé, il y avait très peu de production de livres pour enfants en basque en Iparralde (Pays basque nord, ndlr). J’avais envie de participer, à ma petite échelle, à la promotion de la langue et de répondre à la demande des parents. C’était aussi une façon pour moi de remercier le Pays basque, qui m’a accueillie il y a dix-huit ans, avec sa culture forte et sa solidarité. Mon plus grand plaisir a été d’apprendre qu’une école primaire utilise mon premier livre, L’Incroyable Voyage du petit papier.

Vous avez démarché les écoles ?

 

Beaucoup au début, mais le nerf de la guerre, on le sait, c’est l’argent, et les budgets sont de plus en plus serrés. Et le démarchage prend énormément de temps pour un retour sur investissement infime.

Parmi les nombreuses difficultés auxquelles sont confrontées les petites maisons d’édition indépendantes, la diffusion est toujours avancée comme le principal écueil. Est-ce vous qui vous chargez de la diffusion et de la distribution de vos livres ?

 

J’ai la chance d’avoir depuis un an deux diffuseurs, Miosyris Diffusion, qui diffuse mes livres en version française, et Elkar les livres en basque. Cela me permet de déléguer cette part, essentielle, et d’avoir des ventes régulières, ce qui me fait très plaisir parce que la communication est mon talon d’Achille, j’ai beaucoup de mal à mettre en avant mes livres.

Bénéficiez-vous de subventions ?

 

 

J’ai été aidée par l’Office public de la langue basque (OPLB) pour deux livres en basque. Pour les livres en français, j’ai contacté la Région, mais je ne rentre malheureusement pas dans leurs cases : il faut justifier d’un certain nombre de productions annuel et un certain chiffre d’affaires pour pouvoir prétendre à une subvention. Je comprends que l’on préfère donner de l’argent à des personnes qui ont déjà fait leurs preuves, mais ceux qui se lancent ont aussi besoin d’argent pour concrétiser leur projet. Il faudrait que j’entre dans le système de la surproduction mais je ne veux pas car c’est à l’opposé de ce que je promeus. Donc, comme beaucoup de petits éditeurs, je travaille à côté pour pouvoir publier les histoires que j’ai envie de raconter.

Pouvez-vous nous parler du projet éducatif que vous chapeautez en tant qu’éditrice ?

J’ai été contactée par Amaia Carrère, qui avait elle-même été sollicitée par le collège Saint-Vincent à Hendaye afin de créer des planches de BD éducatives destinées aux 10-14 ans pour leur parler de certains sujets. C’est l’établissement qui a suggéré à Amaia de réaliser le projet avec une maison d’édition pour que l’on puisse le propager à d’autres écoles. On a travaillé durant deux ans avec l’équipe éducative. Ces planches en dibond (avec film antitag), qui sont également traduites en basque, sont destinées à être affichées dans différents lieux de l’établissement, selon le thème abordé. Elles sont humoristiques parce que l’humour aide à faire passer les messages. Amaia fait l’ensemble du travail, textes et illustrations ; je suis uniquement éditrice sur ce projet.

Vous n’avez pas envie d’anticiper les thèmes qui pourraient être évoqués au collège pour étoffer votre offre auprès d’autres établissements ?

C’est en effet notre projet. Pourquoi pas aussi en faire une BD ou un guide ?

Étant donné votre engagement pour l’écologie, aimeriez-vous développer votre maison d’édition pour offrir davantage de textes aux enfants ou ce rythme vous convient-il ?

Ce rythme est surtout lié au fait que je débutais dans l’écriture, l’illustration, la gestion d’une maison d’édition, l’impression, etc. J’ai ingéré toutes ces informations et je commence à m’autoriser à avoir les capacités. Et maintenant que j’ai deux diffuseurs qui me font confiance, je peux envisager de produire plus. J’avance pas à pas. L’idéal serait, bien sûr, de développer mon catalogue pour sensibiliser encore plus la jeunesse à l’environnement, et aussi d’en vivre, voire de pouvoir en faire vivre d’autres, auteurs ou illustrateurs.

 

Pour tout renseignement ou commande : www.waouche.com